Baptiste Delengaigne
©Renaud Monfourny
Né à peine un an avant la Coupe du monde 98, Baptiste Delengaigne grandit dans les faubourgs de Lens, qu’il quitte à la majorité pour les lumières de la capitale. Aux Arts décos de Paris, il s’initie à l’animation et à l’Art. Hélas, l’excès de manga ingurgité dans l’enfance le rattrape : ce sera la bande dessinée. Mettant à profit deux ans d’exil sans visa de travail au Québec, il se lance dans Trop Tard sans passer par la case fanzines, et inonde les boîtes mails d’éditeurs de missives qu’on dirait écrites le soir à la plume, à la lumière d’une bougie.
Un dessin à la Tezuka, un français un brin suranné, une passion pour la politique et une vraie modernité cachée derrière tout ça : 2042 est séduit.
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Quelques questions à Baptiste Delengaigne,
à l’occasion de la sortie de son livre :
Trop Tard
Baptiste, Trop Tard est ton premier livre. Nous avions reçu ton manuscrit par mail mais nous ne te connaissions pas. Quel est ton parcours jusque là?
Je suis né dans le Nord de la France. J’ai grandi près de Lens, puis je suis parti étudier aux Arts Décos de Paris. J’étais en section en Cinéma d’animation. J’ai fait de la vidéo, de la photo, des installations sonores. J’avais mis de côté le dessin, mais mes amitiés allaient vers des dessinateurs, notamment Henri Crabières qui a publié chez Misma.
Quand j’ai fini mes études, j’ai essayé de faire de l’animation, mais rien n’était possible sans une équipe, sans dossier de subvention. Je voyais Henri qui publiait, qui pouvait raconter ce qu’il voulait avec très peu de moyens. J’ai voulu faire pareil, et je me suis mis sérieusement au travail. Ce fut une révélation. Je m’étais enfin réconcilié avec le jeune adolescent que j’étais avant mes études, et qui souhaitait devenir auteur de manga ! Juste après j’ai emmenagé au Québec, où j’ai passé six mois sans visa de travail. J’ai mis à profit ce temps pour me lancer dans un vrai projet.
C’est dans cette période là qu’est né Trop Tard?
C’est vraiment le tout premier projet qui est venu. Je faisais du camping dans la campagne anglaise.
Sous ma tente quand il pleuvait je passais mon temps à regarder des vidéos produites par l’extrême droite. Leurs têtes, leurs expressions, la façon avec laquelle ils se mettaient en scène... Tout me fascinait chez eux ! Je me suis servi de ce voyage dans une première version. J’ai continué à tâtonner. Quand il s’est agi d’avoir un projet sérieux, je suis revenu à ça, car on va dire que ça s’écrivait tout seul.
C’est pour ça que le fait de te lancer dans un projet de près de 200 pages ne t’a pas paru trop ambitieux ?
C’est vraiment ça que je voulais faire, j’ai toujours eu une aversion pour les formats courts. Cela me vient notamment de l’animation, où les contraintes de production pèsent beaucoup. J’ai toujours aimé les très long romans, les très longues sagas. Mon premier contact avec la bande dessinée s’est fait par le manga, c’est vraiment mon ambition. De plus, je ne suis pas passé par le circuit fanzines. Je pense que je n’ai pas la capacité de faire des histoires de 10-20 pages, je n’ai pas appris à maitriser cette contrainte.
Depuis le Québec, comment es-tu entré en contact avec les Éditions 2042 ?
Je ne connaissais pas le milieu, j’ai donc envoyé mon projet par mail, comme le faisaient les mangakas dans les vidéos que je regardais. Ça n’a pas marché du premiers coup. J’ai envoyé pas mal de projet différents qui ont rarement eu des retours. Les premiers à m’avoir répondu favorablement furent Simon et Olivier. Pour un autre projet, terriblement mauvais, mais ils ont cru en ce que je faisais. J’étais un inconnu, avec 200 abonnés sur instagram, je débutais à peine, pourtant ils ont pris le temps de me répondre, de me donner des conseils. Ça m’a plus cette confiance et cet intérêt, on est resté en contact et je suis revenu plus tard vers eux avec ce qui deviendra Trop Tard !
Peux tu présenter Trop Tard en quelques mots ?
C’est l’histoire d’un jeune homme, Claudine, à la recherche d’un cousin qui a disparu, Alain. Il va se retrouver kidnappé par le gang des Mamelouks. Une troupe de brigands qui oscille entre groupuscule d’extrême droite, atelier de sculpture et collectif entrepreneurial. On va le voir évoluer au milieu de ces bandits aussi ridicules que dangereux et qui projètent de conquérir le monde avec des bustes de Napoléon.
Le gang des Mamelouks, ce ne sont pas tout à fait des méchants classiques. Ce sont des artistes, ou des bandits d’extrême droite ?
Ils sont pleins de choses : des bandits, des marginaux, des assassins, des pilleurs de tombes, des militants… mais ce sont surtout des artistes ratés, ce qui est pire que tout ! C’est un motif récurrent chez les fascistes… et qui produit souvent des personnages intéressants et ambigus. Le projet artistique des Mamelouks n’est finalement qu’une production creuse, kitsch et moche. Pour eux, l’art n’est qu’un outil pour sublimer leur idéal fasciste, et in fine une arme ultime de propagande qu’ils mettent au service de leur projet mortifère. Une vision aussi petite et ratatinée de l’art ne peut que donner des artistes ratés, mais elle excelle par contre dans la production de petits bonshommes frustrés et violents, Claudine en fera les frais.
Alain est le personnage le plus ambivalent de ce point de vue, est-ce que c’est le chef des Mamelouks ?
En quelque sorte, car c’est le plus beau parleur. Il pense être le chef, plutôt qu’il ne l’est réellement. Comme c’est le cousin de Claudine, je voulais conserver ce lien familial et cet attachement, je ne voulais pas d’un personnage trop rebutant. Alain est un peu comme un nouveau converti : excessif, maximaliste dans tout, naïvement romantique. Tout ça fait qu’il est aussi très mauvais, en parlant il passe du coq à l’âne, s’emmêle les pinceaux, se contredit. Il se trompe même quand il cite ses auteurs préférés. Ce côté looser peut le rendre assez attachant. Malgré tout, il est vraiment dangereux. Quand il se lance dans un grand discours sur la loi naturelle, c’est vraiment inspiré de la rhétorique nazie, de Carl Schmidt. C’est un fasciste pur jus.
En face du gang des Mamelouks, il y a Claudine, avec qui on entre dans le récit. C’est finalement le personnage mystérieux, on sait peu de choses sur lui, pourquoi cela ?
Claudine, c’est un personnage un peu à la Tintin, très simple à appréhender. J’aime bien l’idée d’un personnage véhicule : on le suit, mais ce n’est pas lui le centre d’intérêt principal. On se concentre sur ce qui lui arrive, sur les gens avec qui il interagit. Claudine n’est pas un contradicteur, et on ne lui donne pas le temps de l’être. Les personnages déploient leur folie et leur logorrhée autour de lui sans lui laisser de place.
La seule chose qui lui donne un peu de relief c’est son prénom et le jeu que ça fait avec son genre. Ça pourrait être une erreur de traduction, c’était fréquent dans les mangas que je dénichais en fantrad sur internet. Dans le manga les stéréotypes de genre ne s’expriment pas de la même manière que chez nous et bousculent nos habitudes occidentales. On peut rajouter à cela les nombreux personnages non genrés, trans ou drags... Le manga a contribué à brouiller chez pas mal de jeunes lecteurs, dont je faisais partie, les frontières que nous croyions alors bien définies entre filles et garçons. Ce flou m’a fasciné en tant que lecteur, c’était important pour moi de l’aborder dans mon histoire. C’est aussi un moyen de ramener discrètement ce qui est devenu une des obsessions principales de l’extrême droite, ce questionnement sur le genre. C’est un sujet qui la trouble beaucoup.
« J’aime bien l’idée d’un personnage véhicule : on le suit, mais ce n’est pas lui le centre d’intérêt principal. »
Tu mobilises beaucoup de références dans Trop Tard, à commencer par le nom des bandits. Pourquoi les Mamelouks ?
Cela peut paraitre étrange, car les mamelouks étaient une caste de soldats dont l’histoire est liée au Proche et Moyen-Orient, et qui ont été une force politique de premier plan en Égypte. Le lien vient de Napoléon Bonaparte. À son arrivée en Égypte, Napoléon se voient offrir par les autorités locales un contingent de mamelouks. L’un d’eux devient son fidèle homme de main. Celui-ci va se faire grand-remplacer par un bon Français, Louis-Étienne Saint-Denis, plus servile que l’original, et qui poussera même la face jusqu’à se renommer Ali. Ce «mamelouk Ali» le suit dans son exil à Sainte-Hélène, jusqu’à sa mort. Il est depuis la personnification de la fidélité extrême. Sous le Second Empire, un groupe de bonapartistes radicaux, les Arcadiens, vont reprendre le titre de Mamelouks. Napoléon est une figure qui obsède l’extrême droite. La France plus largement est malade de cet empereur. Le gang des Mamelouks, par son obsession de répandre des bustes de l’Empereur y voient, à raison, un terreau très fertile pour leurs idées.
Le langage de ces Mamelouks et notamment, d’Alain, est aussi particulier, bizarre et littéraire à la fois. Là aussi il y a des références derrière cela ?
Oui c’est une manière de s’exprimer assez bizarre, on dirait qu’ils confondent les mots, leur langage est assez ampoulé. Il y a différents registres qui cohabitent. Ce que je voulais travailler, c’est cette façon d’utiliser la langue avec une sorte de rigidité. Renaud Camus, celui qui a théorisé le Grand Remplacement, a écrit un livre chez POL, Le Répertoire des délicatesses, qui recense les façons de mal parler en français. Camus s’énerve sur des choses qui semblent complètement ridicules, par exemple sur la façon prononcer certains mots ou certains noms de département. Est-ce qu’on dit le Gé, le Gerse, le Gé.... Il est dans la manie de la langue. C’est quelque chose de commun à beaucoup d’auteurs d’extrême droite, de Camus à Richard Millet. Leur angoisse que la langue disparaisse fait remonter leur angoisse identitaire, leur peur d’être remplacé.
J’ai essayé de suivre le Répertoire pour les dialogues des Mamelouks, mais en me trompant, en trébuchant un peu. Il y a des moments où les membres du groupe vont se parler de manière très soutenue, ils vont se vouvoyer, s’appeler Monsieur. Parfois quand le discours devient plus énergique, que ça les prend à coeur, ou qu’ils se bagarrent, c’est leur langue naturelle de jeune homme du XXIème siècle qui ressort.
« Se mettre dans un costume, s’enfermer dans une sorte de rigueur leur donne une contenance. Il y a un côté Puy du fou qui stimule. »
Derrière cet usage de la langue il y a une volonté d’endosser un rôle, un costume ?
Se mettre dans un costume, s’enfermer dans une sorte de rigueur leur donne une contenance. Il y a un côté Puy du fou qui les stimule. C’est très facile d’adhérer à l’extrême droite car c’est très codifié, on n’a pas besoin de penser, on se glisse dans le moule. La manière dont ils s’habillent avec leur béret et leur salopette, je ne l’ai pas inventé, elle vient d’un groupe qui s’appelle l’Atelier Missor. Cet atelier obsédé lui aussi par Napoléon produit des sculptures, et surtout se met en scène de manière fascinantes sur les réseaux sociaux. Leurs chefs-d’oeuvres involontaires sont plutôt là, dans leurs vlogs. J’ai beaucoup utilisé leurs contenus au début pour construire les contours de la bande des Mamelouks. J’aime bien que mes personnages aient une sorte d’ancrage dans le réel ; on peut dire que l’Atelier Missor m’a fourni une documentation unique.
Les sources principales, tu les as donc plutôt trouvé sur internet ?
La bande dessinée c’est un rapport au langage, il faut que ce soit vivant. Avec uniquement des références livresques, ça ne marchait absolument pas. L’extrême droite de Drieu La Rochelle n’existe plus. J’ai donc plongé dans Conversano, Papacito, Le Raptor dissident. J’ai tenté de retranscrire leur manière de mener la bataille culturelle. J’ai écouté des lives de Daniel Conversano, une sorte de prométhéen suprématiste blanc, pendant des heures. Ces gens maitrisent la culture Internet, qui a été pour eux un moyen de s’organiser alors qu’ils se sentaient complétement ostracisés, en partie à tort d’ailleurs. Marc-Edouard Nabe, Alain Soral, Renaud Camus ne s’y sont pas trompés en investissant très tôt cet espace. Ils y ont développé un langage, une façon de communiquer. On la retrouve partout, même dans le moindre petit compte d’influenceur muscu.
J’ai retranscrit aussi les bizarreries. Il y a une part importante du monologue, notamment avec Alain, qui parle beaucoup tout seul. C’est le principe du vlog : on parle, on peut éblatérer, il n’y a aucun contradicteur. Les auteurs peuvent se retrouver dans des chemins de pensée hallucinants. Ils se perdent, se contredisent.
« J’ai un rapport fétichiste aux choses. »
Il n’y a rien chez toi qui ne soit pas référencé, les textes mais aussi cette esthétique héritée des mangas des années 50. On pense à Tezuka, à Mizuki. Pourquoi cette volonté d’imitation ?
J’ai un rapport fétichiste aux choses. J’adore que tout soit référencé, j’ai envie que ce soit très gourmand, qu’on puisse faire des liens, reconnaître des personnes.
Il y a beaucoup de Tezuka et Mizuki dans Trop Tard, mais aussi des références à Popeye, aux premiers Tintin en noir et blanc. J’aime ramener quelques traits de dessins ou une façon d’hachurer propre à ces auteurs. J’ai un plaisir purement fétichiste à scruter ces dessins, ces techniques, les plumes utilisées, et à les retranscrire comme tel, ou parfois en tant que signes. Par exemple, le visage de Claudine est purement tezukesque. Osamu Tezuka a presque inventé cette façon de dessiner des visages. Cela renvoie directement à un personnage d’ingénu, de premier de la classe. Utiliser ce visage permet une économie de moyens radicale. Tous ces signes à notre disposition sont une richesse de la bande dessinée.
Le recours aux codes manga me permet aussi d’opposer deux fétichismes, le fétichisme mortifère pour les vieilles choses des Mamelouks et un autre, plus vitaliste, dans lequel le passé n’est pas une chose inamovible et sacrée mais un héritage commun, à constamment réinvestir. Je ne suis pas un artiste d’avant-garde, même si j’adore ça en tant que lecteur. Je ne sais pas inventer de nouveaux signes, je récupère un peu le fond commun de la bande dessinée, pour raconter des choses avec. Comme je suis né en France, en 1997, pour moi, une grande part de ce langage commun, populaire, c’est le manga.
Bien sûr, enfant, je ne lisais pas Mizuki ou Tezuka, mais bien plus Eichiro Oda, Tite Kubo, Naoki Urasawa... J’ai découvert via une édition France Loisirs L’Histoire des Trois Adolfs, et j’ai été très touché par cette lecture. Je comprenais enfin l’admiration de mes auteurs favoris pour ce génie du dessin. Cela m’a amené vers ces reférences plus classiques du manga, mouvement qui fut nourri au même moment par les traductions en cours chez divers éditeurs français.
Comment t’es tu formé sur les outils, les techniques propre au dessin de manga ?
C’est un truc de génération : enfant, je révais d’être mangaka, pas auteur de bd franco-belge. Le manga Bakuman que je lisais au collège a été essentiel. On y suivait les aventures de deux jeunes auteurs japonais. C’était passionnant et très technique ! On y parlait de tout : plumes, encres, rythme de travail... J’ai énormément regardé de vidéos, de reportages sur les mangakas. Il y a aussi eu les lectures déterminantes d’Une Vie dans les marges (Tatsumi), de la Vie de Mizuki. Je suis resté dans ce cadre très japonais, avec une histoire du dessin qui est différente de la nôtre. J’ai développé des techniques comme ça, en copiant et en appliquant les conseils des mangakas. Je trouve qu’en Europe on a une tradition plus secrète de la manufacture de la bande dessinée. Au Japon la bande dessinée étant moins considérée comme un art, on peut parler technique plus volontiers. J’ai eu de la chance de trouver du matériel pas trop cher au Québec. Je me suis amusé à chercher les plumes que j’avais vu dans des docus, à pouvoir comparer les modèles. Ce délire fétichiste total m’a parfois joué des tours, je me retrouvais avec l’encre souhaitée mais pas avec les plumes adéquates, je ne pouvais pas avancer. Finalement, j’ai trouvé une recette qui m’allait. Trop Tard a donc été réalisé avec du Papier Deleter type A format B4 135g. J’ai utilisé un porte-plume Tachikawa T-40, des plumes G. et Maru, une encre noire Kuretake, et enfin un crayon Tombow Homo-graph MONO100 - dureté B.
Le manga c’est un travail d’atelier, avec plusieurs intervenants sur chaque page, tu n’as pas craint de ne pas réussir à produire suffisamment vite ?
Ce sont surtout des impératifs de production, les mangakas doivent fournir 18-20 pages par semaine, seul ce n’est pas possible. Moi je ne me suis pas posé ces contraintes-là. Je pouvais travailler avec plus de liberté. C’est vrai qu’à un moment je me suis rendu compte que je n’avais pas d’assistants comme Mizuki, et qu’il allait donc falloir que je trouve des astuces pour travailler de manière plus efficace. Par exemple, je ne pouvais pas avoir les même fonds, les mêmes décors que lui. Cela m’a amené à faire évoluer mon dessin et à prendre de plus en plus mon indépendance vis-à-vis de mes références. Plus on avance dans la lecture, plus on peut le remarquer.
« Comme je suis né en France, en 1997, pour moi, ce langage commun, populaire, c’est le manga »
Comme tout est très référencé dans Trop Tard, on est amené à lire comme une sorte de roman à clé, est-ce une manière de parler de notre situation politique actuelle ou tu souhaitais rester plus général dans ton propos ?
Oui je voulais parler directement de la situation actuelle. Mais, formellement, ce n’est pas un roman à clé contemporain, à la manière dont Aurélien Bellanger l’a fait par exemple avec Les Derniers jours du Parti Socialiste.
C’est un décorticage, plus qu’une analyse de la situation politique. J’ai pris un motif, comme un peintre classique, et je l’ai travaillé. C’est un travail d’analyse, un travail fictionnel sur l’esthétique de l’extrême droite actuelle. En prenant ces chemins détournés, on tombe sur des vérités. Dans le même temps, l’actualité politique s‘est aggravée au fur et à mesure que j’ai dessiné. De nouveaux évènements survenaient et faisait écho à des passages de la BD. Le scénario a été écrit il y a deux ans et on ne parlait même pas de dissolution à l’époque, par exemple. L’activisme de Bolloré ou de Stérin, avec le Projet Périclès, en était à ses débuts. Cela m’a conforté dans mon travail, ça en prouvait une certaine justesse mais c’était aussi un peu terrifiant. Les personnes que je suivais pour ma documentation publiaient des vidéos et des discours quasiment similaires à ceux de mes personnages, écrits de longue date. J’ai manipulé pour cet album un matériau qui n’était ni mort ni inanimé. Il se révélait une substance instable, mutante, explosive ! Toujours à deux doigts de péter, d’aller trop loin, de tout foutre en l’air. Je me suis souvent dit : « faites qu’il ne soit pas trop tard ! »